GREQAM 2016 - Aix en Provence

Gilles Campagnolo - Université d'Aix dirige le 3e colloque de philosophie économique consacré à l'agent économique les 15 et 16 juin.

 

Nous participons au séminaire dans le cadre de la session consacrée à l'agent et ses représentations animée par Emmanuel Petit - Université de Bordeaux 

 

La question anthropologique :

de la modélisation économique à l'économie des concepts

Résu

 

1. L'économiste agent

L'économie tire sa légitimité du calcul dont la puissance prédictive des modèles exige une représentation de l'agent : l'homo œconomicus. Mais « le mythe de l'homo œconomicus et de la Rational choice theory sont des formes paradigmatiques de l'illusion scolastique qui portent le savant à mettre sa pensée pensante dans la tête des agents agissants et à placer au principe de leurs pratiques, c'est-à-dire dans leur « conscience », ses propres représentations spontanées ou élaborées ou, au pire, les modèles qu'il a dû construire pour rendre raison de leurs pratiques ». Ceci témoigne de l'inconséquence du savant se confondant à son objet alors qu' « une physique qui serait l'objet de son propre calcul, tout en restant l'acte même de calculer, resterait une contradiction dans les termes. » 

 

2. L'homo œconomicus 

L'économiste réalise la mathesis universalis cartésienne étendant la mathématisation à tout objet assurant de la certitude des propositions par leur expression en des grandeurs d'où la détermination d'un univers dirigé par la mesure. En se donnant pour fin de calculer, il surdétermine les objets de sa science. L'homo œconomicus est la condition méthodologique d'un projet économique : une hypothèse.

 

3. La crise des fondements

Mais, la crise de l'arithmétique, l'indétermination des variables liées dans une équation, le théorème d'incomplétude, les limitations internes logico-mathématique ou l'indécidabilité de la vérité démontrent que la science mathématique est limitée d'où le terme de l'illusion du projet positiviste en économie. La limite des mathématiques rend caduque le projet mécaniste classique et ceux des autres sciences.

 

4. La critique épistémologique

Les savoirs deviennent relatifs à des finalités interrogeables. Toute science se fait avec des intentions et des références implicites. De plus, le futur échappe à la calculabilité révélant trois enseignements : l'asymétrie temporelle des phénomènes, l'inexactitude du principe d'égalité et l'indécidabilité de l'arithmétique. La logique trivalente expose la pluralité des régimes de vérité dont la prédiction conditionnée par la répétition et l'aléatoires pour les futurs contingents ou les phénomènes cognitifs du Cygne Noir.

 

5. L'économie des concepts

Ces critiques montrent que la modélisation suppose la construction des répétitions. Or, « l'organisme vivant comme l'univers sont des choses que jamais on ne verra deux fois identiques » [WIENER]. Ainsi, l'économie relève trois défis :

1] sortir de la chimère d'un régime univoque de vérité au profit de la pluralité des modèles coexistant dans l'espace ou leur succession historique,

2] reconnaître la pluralité des hypothèses anthropologiques et des connaissances créatrices de concepts et des irréductibles libertés des sociétés humaines.

3] élaborer par cette pluralité une pensée dynamique par la composition des modèles interagissant sans se confondre, du fait des tipping point, car la pluralité est l'avenir d'une économie polymorphe à l'instar de l'organisation du vivant. L'économie sans concept est un calcul insensé, or le concept introduit cette pluralité équivoque faîtes d'individuations irréductibles et fondatrices des corps complexes qu'elles composent.