AFEP 2016 - Mulhouse

Notre communication s'est faites dans le cadre de la session consacrée au pluralisme méthodologique animée par Claire Pignol - Université de Paris 1 lors du congrès des 4 au 6 juillet : 

 

La question des limites soit la révolution épistémologique créatrice de la pluralité économique

Résu

 

La frontière est un terme de géographie et d’histoire politique. Nous évoquerons celle plus abstraite entre des disciplines, soit la notion de délimitation des sciences dans leur champ d’investigation. Or cette limite invite à penser les relations entre ces champs ainsi délimités. A leur frontière, se jouent les échanges et les rétentions qui demandent de préciser la fonction de la limite. De facto, elle induit cette pluralité de ce qui est ainsi distingué. Du point de vue logique, une théorie, une machine ou un système quelconque délimitent des objets, des concepts et des fonctions. A l’inverse, l’entropie décrit un univers où la confusion règne, aucun objet ne se distinguant d’un autre, dans un chaos uniforme. La délimitation réalise ainsi ces distinctions dans des représentations concourant à la formalisation d’une discipline relativement à d’autres.

 

Nous montrerons que la méthode scientifique réalise une entropie croissante. Elle pose des principes dont la supériorité des mathématiques. Cette domination de l’absolu de la calculabilité détermine une méthode positiviste inductrice de toutes les vérités qui s’ensuivent. C’est pourquoi, il s’agit de remettre en cause le primat de la dogmatique scientifique classique. En effet, l’économiste tire aujourd’hui sa légitimité du calcul dont la puissance prédictive des modèles exige une représentation de l’agent, dont lui-même : l’homo œconomicus. Mais « le mythe de l’homo œconomicus et de la Rational Choice Theory sont des formes paradigmatiques de l'illusion scolastique qui portent le savant à mettre sa pensée pensante dans la tête des agents agissants et à placer au principe de leurs pratiques, c'est-à-dire dans leur « conscience », ses propres représentations spontanées ou élaborées ou, au pire, les modèles qu'il a dû construire pour rendre raison de leurs pratiques ». Ceci témoigne de l’inconséquence du savant se confondant à son objet alors qu’ « une physique qui serait l’objet de son propre calcul, tout en restant l’acte même de calculer, resterait une contradiction dans les termes. » 

C’est pourquoi la pluralité tient à une relation féconde avec d’autres disciplines si celles-ci répondent à d’autres exigences. Or, la conception univoque de la science les oblige à reproduire les mêmes raisonnements. Les objets initialement distingués se confondent ensuite du fait de la suprématie de leur mathématisation. Nous décrirons  la révolution épistémologique posant une autre forme de limite ; celle de la méthode scientifique et de son carcan positiviste. 

 

Cette révolution épistémologique entraîne une critique radicale que nous préciserons. Les savoirs deviennent relatifs à des finalités interrogeables. Toute science se fait avec des intentions et des références implicites. Ce projet oriente le futur qui échappe à la calculabilité révélant quatre enseignements majeurs :

- l’asymétrie temporelle des phénomènes,

- l’inexactitude du principe d’égalité,

- l’existence irréductible de la pluralité des régimes de vérité dont les phénomènes cognitifs du Cygne Noir,

- la condition humaine irréductible à la dogmatique de l’homo oeconomicus, contrariée, entre autre,  par la thèse de l’anomisme mental.

 

Ces prétentions à la prédiction des comportements adaptés selon des règles fondées sur une anthropologie prescriptive du contrôle social traduisent une injonction politique normative. Or, la révolution épistémologique appliquée à l’économie révèle trois défis :

1] sortir de la chimère d’un régime univoque de vérité au profit de la pluralité des modèles,

2] reconnaître la pluralité des hypothèses anthropologiques.

3] élaborer des pensées dynamiques par la composition des modèles interagissant sans se confondre. Nous conclurons que l’économie sans concept est un calcul insensé et que la formalisation des concepts introduit cette pluralité propice à la créativité économique, soit l’émergence d’économies politiques ou d’expressions de témoignages et projets attentifs à des aspects particuliers puis proposerons quelques pistes : la théorie de la limite en économie.

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