ACFAS 2017 | La neutralité axiologique

Je remercie Florence Piron - Université Laval et l'association Science et bien commun d'avoir accepté cette proposition :

 

Jeudi 10 mai 2017 | ACFAS McGill | 15.00

 

Le résumé de notre communication : 

 

 

De l’impossible neutralité axiologique à la pluralité pratique (praxéologique)

 

 

L’illusion du jugement de fait et la présence de l’intentionnalité

La neutralité axiologique a été introduite par Weber pour distinguer le jugement de valeur et le jugement de fait. Or, le jugement de fait serait scientifique et donc objectif parce que dénué d’intention. Or, dès le début du 20e siècle le mathématicien et logicien Whitehead entreprend une très vive critique à propos de la question de l’intentionnalité du savant. La négation d’intention comme condition de l’objectivité et de la neutralité n’en demeure pas moins une intention négative. Et celle-ci met le savant dans une position particulière qui a son propre biais cognitif. A la suite de Whitehead, comment oublier la critique de Husserl dans sa conférence de Vienne de 1935 montrant que la neutralité entraine une extranéation : soit cette attitude déshumanisante où l’homme se rend étranger à lui-même, ceci étant constitutif de la crise des sciences européennes.

 

La vérité de la répétition et le dévoilement des finalités

Une critique épistémologique plus radicale encore émane de Marcuse ou de Feyerabend. Par leur distanciation critique respective, l’un et l’autre établissent que la vérité scientifique fait le choix de ses finalités, à commencer par l’obtention d’un résultat éprouvé en vertu du principe même de la méthode scientifique : la répétition sans laquelle il n’y a pas de savoir scientifique. Cette science de la répétition limite le monde à ce préjugé qu’il fonctionne ou se construit en vertu de ces seules répétitions. Or,  le mathématicien fondateur de la cybernétique considère cette soumission au principe de répétition comme un abus ou une position théologico-politique constructiviste. Quant à Feyerabend, il met en perspective des finalités qui se valent en ceci qu’elles relèvent de choix de société ou de civilisation qu’aucun homme ne peut prétendre juger.

 

L’impossible neutralité et la pluralité praxéologique

Là est le plus significatif, la praxis scientifique fixe une règle à la pratique humaine en niant qu’il puisse y en avoir d’autres. Or, la raison pratique montre qu’il existe toujours un champ pluriel des possibles dont les voies ont une économie propre sans que souvent, jamais, aucune ne puisse de prévaloir d’une absolue supériorité. Elles ont une logique où se composent les termes d’une mesure de l’action. Or, la raison arbitre entre des fins : biens communs, intérêts particuliers, croyances, performances immédiates, etc. Les trois grands théoriciens de la praxéaologie (Kotarbinski, Mises et Skirbekk) expliquent cette rationalité indécise et orientée en vertu de considérations externes à l’exercice scientifique. Là se joue un dialogue fondé sur une rationalité ouverte et plurielle, soit cette praxéologie contextualisant la raison discursive.