ACFAS 2017 |Hommage à J. Ladrière

Résumé de notre communication en ouverture de la première journée :

 

 

La limite-seuil et les langages des mondes :

de N. de Cuse à P. Tillich en passant par J. Ladrière

 

L’intuition de Ladrière exposée dans son œuvre majeure  « Les limitations internes des formalismes. Étude sur la signification du théorème de Gödel » croise l’enseignement d’Husserl dans la Krisis et de Gödel dans ses théorèmes. Nous proposerons l’étude de quelques extraits des pages les plus emblématiques de (LLIF), tout particulièrement son chapitre X, Suggestions philosophiques, légitimant l’intérêt de cette position qui réunit la phénoménologie transcendantale et la logique mathématique, voire la théorie des concepts qui s’ensuivit dans les travaux de Gödel.

 

Or, cette science des limites retient une définition particulière héritière du projet galiléen affirmant qu’il existe un langage universel décrivant totalement un monde unique : les mathématiques[1]. Nous montrerons que Ladrière prolonge une tradition philosophique et théologique où s’articulent des niveaux de langages relativement à des mondes dont les origines remontent à des figures telles N. de Cues et à son œuvre magistrale La docte ignorance qui fit jonction entre la théologie médiévale et la Renaissance exposant un sens de la limite de la raison. Cette pensée de la limite induit celle de la finitude de certains types de connaissance et de seuils au-delà desquels il appartient à l’homme de faire le choix d’autres relations aux langages en aspirant à d’autres perceptions des mondes qui l’environnent. Là, le lien entre Ladrière et quelques théologiens contemporain de premier plan paraît intéressant à souligner. Nous expliquerons ses liens avec Théologie systématique de P. Tillich dont tout particulièrement  son Introduction à la première partie Raison et révélation publiée en 1951.

 

Nous conclurons sur les enseignements de ce qu’il convient de nommer les langages des mondes qui ne sont pas un renoncement ou une critique de la raison, mais son accomplissement et une ouverture vers une nouvelle ère épistémologique de la pensée occidentale et reviendrons sur quelques enseignements d’A. Grothendieck dans ses Réflexions et témoignage sur un passé de mathématicien.

 

[1] « La philosophie est écrite dans cet immense livre qui se tient toujours ouvert devant nos yeux, je veux dire l’Univers, mais on ne peut le comprendre si l’on ne s’applique d’abord à en comprendre la langue et à connaître les caractères avec lesquels il est écrit. Il est écrit dans la langue mathématique et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques, sans le moyen desquels il est humainement impossible d’en comprendre un mot. Sans eux, c’est une errance vaine dans un labyrinthe obscure. » Galilée, L'Essayeur, 1623.